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Une vision de mort

Texte écrit par Frédéric Grimbert

- Piotr, raconte moi d’autres secrets de l’univers.

 Aujourd’hui Piotr avait l’air inquiet, il avait perdu quelque chose dans l’expression de son visage, il était sombre et pensif et ne disait mot.

 Il était chamane, né avec ce don.

Alors qu’en Russie on l’avait pris pour un autiste, pour lui éviter la psychiatrie à vie, ses parents l’avaient emmené au Canada avant ses 3 ans où il fut confié à des Amérindiens isolés dans leur réserve en plein cœur de la forêt boréale. Son initiation commença dès son arrivée après avoir reçu un réalignement énergétique. Son pouvoir de guérison fut le premier à se manifester. Puis très vite il eut des visions qu’il pouvait partager avec les initiés, mais sa qualité principale était simplement la gentillesse. Il était respecté de tous d’un amour sincère envers lui.

S’ensuivit un voyage initiatique de 17 ans, puis il fit le tour du monde pour prodiguer ses soins et son savoir.

 Parfois, à force de lutter contre les ténèbres, il rentrait dans une rage incommensurable. Il fallait que le mal accumulé sorte et pour cela il hurlait pendant des jours sans interruptions. Tout le monde avait peur de cette voix, mais tout le monde était humble car personne n’aurait pu supporter les douleurs qu’il endurait. Seule Bajuka, le femme du chef, savait le calmer quand cela était nécessaire, car oui le mal pouvait prendre le dessus, et son pouvoir de destruction et de mort était aussi fort que ses qualités bienveillantes. L’Éternel combat entre le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, l’un allant toujours de paire avec l’autre.

 Bajuka était mourante. Non qu’elle était malade, elle était simplement très âgée et sa vie était en train de s’achever.

 A 40 ans, il aimait initier les jeunes du village, bien que dépourvus de dons, à la manière de regarder le monde avec ses yeux. Mais aujourd’hui Piotr était inquiet. Il n’avait pas envie de parler comme à l’accoutumée.

 - Tu es triste parce que Bajuka nous quitte ? Lui demanda Pilouli.

- Non je suis inquiet Pilouli, inquiet parce que le départ de Bajuka coïncide avec le début de la synchronicité que nous attendions depuis longtemps.

- C’est quoi la synchronicité Piotr ?

- La synchronicité c’est ce moment dans l’univers entier où tous les corps célestes sont alignés, cela rend tout possible. Les choses se feront écho et il y aura une unité qui reliera chaque être vivant dans un instant éternel.

- C’est une bonne chose alors.

- C’est une excellente chose, c’est sûr, le seul problème c’est que nous allons aussi fusionner avec les mondes parallèles, ce qui sera très déstabilisant car nous passeront d’un monde à l’autre sans nous en rendre forcément compte. Dans notre galaxie, la Synchronicité devrait durer au moins un an, un cycle du système solaire, ce qui m’ennuie c’est que je n’arrive pas à voir au-delà pour la première fois de ma vie, alors je ne peux m’empêcher de me dire que peut-être cela signifie qu’il n’y aura plus rien, que nous allons connaître le chant du cygne avant l’anéantissement total de toute vie dans l’univers.

- C’est une hypothèse ou une certitude ?

- Une théorie plutôt. L’ange noir me l’a murmurée cette nuit. Aussi il m’a dit qu’il pouvait me permettre de voir au-delà de la synchronicité annuelle si j’étais prêt à lui offrir en échange un sacrifice. Il me faudrait trouver deux personnes qui se vouent un amour immense, transformer leur amour en haine, donner la mort à l’un par n’importe quel moyen afin que l’autre en pleure d’un désespoir sans fond.

- Mais c’est complètement idiot, quel est l’intérêt de ce rituel ?

- Non ce n’est pas idiot, les larmes du Grand Désespoir ont un pouvoir magique.

- Un pouvoir magique, lequel Piotr, lequel ?

- Le mien Pilouli, le mien.

 

 

 

 

 

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