Redactions.fr

Chacun de nos mots compte

Nouvelles

Le rêve de la mort

Texte écrit par Ercumeba

Une nuit froide de novembre, le vent souffle et jette la pluie contre les vitres d'un appartement situé Rue St. Charles. Dans cet appartement se trouve un homme de vingt-huit ans avec des yeux bruns et des cheveux noirs. Il est relativement grand, environ un mètre quatre-vingt-neuf et il n'est ni singulièrement gros ni mince. Cet homme, c'est moi. Je suis assis à mon bureau et j'essaie d'écrire un poème comme je le fais de temps en temps. Mais cette fois-ci, je ne suis pas inspiré. Depuis une demie heure déjà je suis ici avec le stylo levé, en regardant l'heure de temps à autre. Il est 23 heures 30. "Encore dix minutes, après je vais au lit.", me dis-je. Et je continue de regarder désespérément la feuille vide devant moi qui ne veut absolument pas se remplir.
Puis, je tourne soudainement la tête et je regarde autour de moi. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que quelqu'un est entré dans la pièce. Je sens la peur monter en moi. Je sens que quelque chose est là, une sorte de présence... une présence que l'on peut sentir mais que l'on ne voit pas.


Je reste encore dix minutes dans cette posture, la tête tournée en scrutant toute la pièce. Puis, je me dis que j'ai dû me tromper. Mais une drôle de sensation persiste, je suis tendu. Je tente de me concentrer de nouveau sur mon travail, mais je reste prêt à me retourner au moindre bruit.
Bientôt je commence à me dire que je devrais arrêter d'avoir peur, je dois avoir l'air ridicule, un homme de vingt-huit ans qui s'inquiète pour un rien. Lentement je me détends.
Et juste au moment où je me sens vraiment ridicule, on m'adresse la parole.
"Je suis désolé de te déranger à cette heure tardive mais il faut absolument que je te parle."
Je n'y crois pas. Est-ce que j'ai vraiment entendu une voix, qui m'est agréable d'ailleurs, ou n'était-ce qu'une imagination? Pendant cinq secondes je reste figé et je n'ose pas bouger. Mais finalement ma curiosité me gagne. Je tourne la tête dans la direction de la voix, c'est-à-dire à ma droite.
Je vais essayer de vous décrire ce que je vois, mais c'est difficile parce qu'à vrai dire je ne vois rien, mise à part une longue cape noir avec une capuche et une faux. On dirait qu'il y a un homme assis là, avec une cape autour de lui, la capuche sur la tête et la faux sur ses genoux. Mais je ne vois pas le quelque chose au-dessous. Pas de mains, pas de pieds, pas de tête. Et même si je ne vois rien, je reste convaincu qu'il s'agit là d'un homme, ou, mieux dit, un être masculin, car il a une aura si masculine que l'on peut le sentir, même si mes yeux n'apercoivent rien.
"Mais... qui êtes-vous?", sans le vouloir je me suis mis à bégayer. "Et que voulez-vous de moi?"
"Je suis venu te prendre avec moi, Anthony.", il parle avec une voix grave, masculine, mais agréable à entendre.
"Me prendre avec toi?", je sens de nouveau monter la peur en moi, mon coeur accélère son battement. "Je crois que je ne comprends pas..."
"Je vais te prendre avec moi, le temps est arrivé. Mais n'ai pas peur, je ne vais pas te faire de mal. Je vais t'amener dans un endroit où tu ne seras pas seul et où tu ne sentiras plus les douleurs, peines et sentiments de ce monde."
Je commence à saisir. Et d'avoir la chair de poule. Ma tête a du mal de comprendre qu'il y a des mots là où on ne voit pas de bouche.
"Et... si je refuse?"
"Mais pourquoi veux-tu rester ici? Viens avec moi vivre tout le bonheur que tu ne connaîtras pas ici!"
"Attends. Si j'ai bien compris, tu es la mort qui est venue me chercher parce que mon temps est venu."
Il ne fait que hocher la tête.
"Mais il reste une chose que je ne comprends pas. Si mon temps sur terre est terminé, pourquoi tu me demandes de te suivre? Pourquoi ne me prends-tu pas simplement?"
Il hésite de répondre.
"Eh bien... à vrai dire j'ai perdu au tir à la courte paille et quelqu'un doit mourir, et je dois aller le chercher et malheureusement le sort est tombé sur toi, je suis désolé... mais comme je n'ai que perdu un pari je ne peux pas te forcer à venir avec moi, sauf s'il s'agit d'un accident ou d'un meurtre ou quelque chose dans ce genre. Mais à présent les gens sont si prudents et ils craignent la prison. Ah oui, en cas de péché j'ai le droit aussi. Mais comme aujourd'hui personne ne pèche plus non plus, je suis obligée de mettre à l'oeuvre tous mes talents de persuasion et parfois ca fonctionne même, pour les gens suicidaires par exemple, ou pour certains fous. D'ailleurs, bien souvent ils ne sont pas si fou que ca, la plupart du temps ils voient vraiment quelque chose mais personne ne les croit alors on les envoie en psychiatrie, mais ce n'est pas le plus mal, ainsi nous ne devons pas chercher très longtemps, ils sont déjà tous réunis au même endroit. Et une fois qu'ils ont accepté, il n'y a plus de retour, même s'ils changent d'avis. Et plus nous en ramenons par jour, plus on a d'avantages et les avantages sont plus ou moins agréables, ca dépend de celui que l'on amène, si c'est un pécheur, un fou, un suicidé, une victime d'un accident, quelqu'un qui a été assassiné. On est le mieux récompensé pour les pécheurs."
"Tu ne peux pas essayer de trouver quelqu'un comme ca? Je ne suis pas prêt à mourir, je n'ai que vingt-huit ans! C'est si jeune!"
"Donc tu persistes dans ton réfus?"
Maintenant c'est à moi de hocher la tête.
"Tu es sûr de ta décision?"
Je refais oui de la tête car je ne peux pas croire que j'ai une telle chance, je suis en train d'échapper à la mort!
"Absolument sûr?"
"Oui!", je ne peux plus me contenir, tellement je suis soulagé.
"Donc je vais repartir bredouille. Mais garde à l'esprit qu'une telle chance ne t'arrive qu'une fois dans la vie car de temps en temps quelqu'un doit mourir! Profites bien du temps qui te reste et pense que ta vie peut être finie à chaque seconde!"
Après m'avoir fait part de cela, il disparaît. Mais il ne disparaît pas dans un nuage de fumée ou quelque chose de semblable. Il disparaît juste d'un coup, il nest plus là, d'un moment à l'autre.
Comme s'il n'avait jamais existé.

 

Et j'ouvre les yeux. Ensuite je regarde mon réveille. Il est 19 heures 17. Je repense à mon rêve bizarre. Quelle idée! La mort me laisse une deuxième chance! Je suis un réaliste absolu, c'est pourquoi un tel rêve est ridicule pour moi. Mais il a quelque chose de bien car il m'a inspiré. Je me mets tout de suite au travail. J'écris souvent des courts poèmes, parfois ils plaisent à un de mes amis, il les prend alors comme modèle pour les paroles de ses chansons, il a un petit groupe de musique. Ils font principalement de la musique médiévale et je pense que ce que j'ai dans la tête pourrait leur plaire.
Avec cette pensée je commence.

 

 

 

Le rêve de la mort

Cette nuit j'ai rêvé de la mort
Elle était sur toutes les routes
Elle me faisait signe et m'appelait
Si fort

Elle disait que ma vie était finie
Je devrais me coucher à ses côtés
Une tombe prématurée
Serait creusée pour moi depuis longtemps

Je m'enfuyais aussi loin que la terre me portait
Aussi loin que les oiseaux volent
Mais à mes côtés je sentais
La mort

Son ombre suivait ma trace
Je la voyait couchée à côté de moi
Et ses mains étaient
D'un rouge sanguin

Là, je savais que le vent souffle
Et la pluie tombe
même si personne n'appelle plus mon nom
Depuis longtemps

Parce que je suis déjà oublié
On ne me chante pas de chansons
Il n'y a que la mauvaise herbe qui verdoie et fleurit
Dans tous les champs

Cette nuit j'ai rêvé de la mort
Il n'y a pas de vie éternelle
Pour l'homme et la bête et la tige et le buisson
Et l'arbre

Ceci était mon rêve

 

 

 

Satisfait d'avoir écrit ce texte d'un premier jet, je veux aller prendre une douche. Mais juste au moment où je suis dans la salle de bains, le téléphone se met à sonner. Je réfléchis un instant si je le laisse sonner et si je vais quand même sous la douche. Mais c'est plus fort que moi car un téléphone que l'on ne décroche pas est comme un cadeau fermé. Je vais décrocher.

"Âllo?", dis-je.
"Monsieur Zamba?", me demande une jeune voix féminine. La facon dont elle me parle m'inquiète.
"À l'appareil."
"Bonsoir Monsieur. Si vous avez la possibilité je vous invite à vous asseoir et restez calme.", je m'assois. La sensation qu'elle s'apprête à m'annoncer quelque chose de terriblement douloureux se confirme. Comment peut-on rester calme quand une personne inconnue au téléphone vous dit de faire exactement cela?
"Je suis vraiment navrée de devoir vous annoncer cela mais votre épouse a eu un accident sur la voie rapide ce soir.", continue-t-elle après une courte pause.
"Est-elle...", je ne termine pas la question et je sens les larmes monter en moi.
"Oui, je suis désolée."
Je fonds en larmes. Puis je sens de la colère monter en moi. Chez moi la peine est toujours suivie de près par la colère.
À combien d'hommes a-t-elle déjà dit la même chose?
Combien de fois a-t-elle déjà affirmé être désolée alors qu'elle ne connaît même pas les personnes à qui elle s'adresse?
Pourquoi est-elle désolée? Elle fait cela tous les jours, non?
On lui avait bien appris de dire ces mots et d'apaiser la famille du défunt! Par ailleurs, c'est ainsi qu'elle gagne sa vie, non?
J'ai envie de lui dire tout cela, mais je me retiens. Après tout ce n'est pas de sa faute que la personne que j'aime plus que tout est morte. Même si je suis remonté, ce n'est pas de sa faute.
"Quand est-ce que je peux la voir? Et où?"
Mais elle ne me répond pas. La ligne est morte. Je raccroche. Triste, je reste assis et je pense à Janie. Au beau temps que nous avions. Cela ne faisait pas très longtemps que nous étions mariés, seulement deux ans, mais on me l'avait déjà prise. Je me souviens à quel point elle a été heureuse quand elle avait enfin trouvé un travaille. Et aujourd'hui, après sa première journée de travaille, elle mourut en rentrant à la maison.
Je sens l'enfers brûler en moi, sous la forme de tristesse et de désespérance. Ma vie a perdu tout son sens. J'ai tout perdu. Tout ce qui me tenait au coeur.
Pendant que je pense à tout cela, le téléphone se remet à sonner. Je décroche.
"Oui?"
"Bonsoir Anthony. Comment te sens-tu?"
Immédiatement je reconnais cette voix grave parce que je l'ai déjà entendue... dans mon rêve!
"Tu te fous de moi? Comment veux-tu que je me sente? C'est de ta faute qu'elle est morte! Je suis sûre que c'état toi! Pourquoi me l'as-tu prise? Quand je t'ai demandé de chercher quelqu'un d'autre je ne parlais pas d'elle! Elle était tout ce que j'avais!", je ne me retiens plus. En larmes je lui crie dessus.
"Pourquoi? Pourquoi, putain, réponds-moi!"
"Est-ce que tu te rends compte maintenant où l'égoisme peut mener? Tu as péché. En dehors de cela je ne vais pas te répondre, mais je vais te poser une question: Si je te demandais maintenant de me suivre, le refuserais-tu toujours?'"

 

 

 

 

 

Durant l'année 2005.

Je tiens à préciser que le texte du poème 'Rêve de la mort' n'est pas de moi! En réalité il s'agit ici de la chanson 'Traum vom Tod 2' du groupe allemand Subway to Sally. C'est principalement cette chanson qui m'a inspiré à écrire cette nouvelle. Et comme la poésie n'est pas mon fort et j'apprécie beaucoup ces paroles, je me suis décidée à les emprunter.

Ajouter un Commentaire

 


Code de sécurité
Rafraîchir