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Je pense à toi

Texte écrit par Ercumeba

Ils étaient en train de manger. Il était assis à un bout de la table, elle à l'autre. Comme toujours. Et comme toujours ils mangeaient vers huit heures.
Subitement il la regarda d'un air sérieux.
"La police est passé aujourd'hui.", dit-il. Elle interrompit de mettre machinalement la fourchette à sa bouche et leva la tête.
"Ils veulent que je passe demain à neuf heures et le mieux serait que je prenne un casse-croûte ou quelque chose comme ca avec moi parce que je n'en sortirais pas si tôt. Peut-être que j'irais même en détention préventive.", désespéré, il haussa les épaules. Elle le fixa la bouche ouverte, incrédule.
"Que te reprochent-ils?", lui demanda-t-elle. Le repas était oublié.
"Je ne sais pas, ils ne voulaient pas me le dire car ils attendaient des collègues. Ils m'ont dit que j'étais prêt à cracher le morceau, et que j'allais parler de toute manière. Moi et mes copains. La prison...", continua-t-il impuissant, sans terminer la phrase.
"Mais... mais... tu n'as rien fait! Tu as passé tout ce temps avec moi! Et quels copains?", bégaya-t-elle.
"Je sais, je n'ai aucune idée de quoi il pourrait bien s'agir. Je te le jure.", ajouta-t-il quand il apercut son regard horrifié. "Si je n'y vais pas, ils vont venir me chercher à mon poste de travail.". Il cessa de parler et regarda son assiette qui était toujours remplie.

La nuit était inhabituellement calme. Ils se parlaient à peine, ils avaient trop peur de ce qui les attendait le lendemain matin. Tout ce qu'il lui disait était qu'elle devait l'oublier. Au fond elle était une optimiste incorrigible, mais ce soir elle aussi était sûre qu'il devait s'agir là de quelque chose de sérieux. Est-ce qu'ils allaient se revoir demain? Allait-il rentrer à la maison? Qu'allait devenir leur jeune amour? Avec ces pensées à l'esprit ils s'endormaient, entrelacés l'un contre l'autre, comme si c'était la dernière fois.

Le lendemain elle n'alla pas à son travail. Elle ne pouvait pas, elle voulait le voir partir, elle n'y croyait toujours pas. Elle sentait que quelque chose de terrible était encore devant eux. Les larmes aux yeux, elle le réveilla. Il se leva, la serra un court instant dans ses bras, s'habilla et était aussitôt prêt à partir. Il avait les yeux remplis de larmes, lui aussi, quand il l'embrassa pour la dernière fois. Rendue affolée par la peur et l'inquiètude, elle le regardait partir. Toute la journée elle pensa à lui, l'espoir ne la quitta pas.

La seule chose qui lui venait à l'esprit étaient les drogues. Ce satané marijuana! Combien de fois elle lui avait dit de ne pas poser ses plants sur le rebord de la fenêtre! Au moins il avait cessé d'acheter des plaquettes de 300 grammes et de les revendre plus chers, grâce à elle. Maintenant, il n'achetait plus que pour sa propre consommation, mais ca en était toujours de trop. Quel genre de collègues pouvaient-ils bien attendre? Ceux qui étaient spécialisés dans les affaires de stupéfiants? Une telle enquête pouvait durer plusieurs années, et s'il a été surveillé durant tout ce temps? Ca l'amènerait certainement en prison. Afin de le mettre hors de cause elle fouillait toute la maison, pour faire disparaître toutes les preuves potentielles, au cas où la police reviendrait avec un mandat de perquisition. Elle jeta tout: Des feuilles à rouler déjà préparées et les filtres en carton, les briquets et des numéros de téléphone suspects, les plantes et même le tabac. Elle prit le sac poubelle et roula sur quelques kilomètres avant de le jeter. Et dire qu'elle en avait toujours rigolé. Pendant leurs promenades en ville elle l'avait cru paranoiaque quand il estimait certaines voitures suspectes et les soupconnait de contenir des policiers en civil. Maintenant, elle aussi avait des doutes.

Il lui avait laissé un mot à la cuisine, elle le trouva peu de temps après, quand elle était en train de ranger. Il avait dû l'écrire pendant qu'elle dormait.

"Ma chérie, mon coeur, je ne sais pas ce qui se passe. Je tourne, je ne comprends plus rien. Pourquoi quelque chose vient perturber notre amour? Je ne sais pas ce qui m'est reproché et je me creuse la tête là-dessus. La peur. J'ai peur. C'est la première fois que tu me vois ainsi et je ne veux pas que tu me gardes en souvenir comme ca. J'aurais dû t'écouter. Si jamais je ne rentre pas, je ne veux pas que tu sois malheureuse. Trouve-toi quelqu'un qui saura te rendre heureuse. Je ne t'oublierais jamais, tu es tout ce que j'ai, l'amour de ma vie. Je t'aime plus que tout, crois-moi. Et il y a une chose que tu dois savoir et que tu ne dois pas oublier: Je pense à toi, peu importe ce qui arrive. Je t'aime tellement..."

Une larme tomba silencieusement sur le papier et se joignit à celles qui avaient déjà séché.

 

 

 

 

28.05.2008

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