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Lilly et Monsieur Bonheur

Texte écrit par Caroline Sainson

Petite fille maussade et triste, Lilly était très petite pour son âge. Souvent, les autres enfants se moquaient de sa taille et de sa grande timidité. Elle n’osait pas donner les bonnes réponses à l’école alors qu’elle en savait bien plus qu’un grand nombre de ses petits camarades et elle restait souvent seule dans la cour de récréation.

Lilly habitait à 1 km de l’école et comme elle avait maintenant presque 12 ans, elle pouvait facilement faire le chemin à pieds tous les matins et tous les soirs.

Elle habitait un quartier assez triste et gris d’une ville qui n’était guère plus gaie. Elle avait toujours l’impression d’être invisible, qu’elle se perdait au milieu de cette grisaille sinistre et de ces bruits urbains si monotones. Aucune lumière n’arrivait à donner vie aux trottoirs écorchés, aucune fleur n’arrivait à égayer un peu le chemin de la rue.

Même les boutiques et les habitations étaient si ternes comme s’il fallait, ici, passer inaperçu, ne pas se faire voir ou connaître. Cela rendait encore plus triste une Lilly qui n’avait déjà pas le cœur à la fête tous les jours. Elle vivait avec sa tante car ses parents étaient morts deux ans auparavant. Cette dernière était charmante mais elle était comme la ville…un peu triste et morne, ne sortant jamais et se cloîtrant chez elle dés que le soir ou le week-end approchait.

Du coup, Lilly n’allait jamais au cinéma, à la fête foraine qui s’installait tous les ans près de la Mairie, ne connaissait pas les parcs de la ville et avait toujours le sentiment de s’enfermer de plus en plus dans une vie sans couleurs.  

Un jour, pourtant, alors qu'elle se rendait à l'école de frais matin, elle passa devant la boutique de Mme Grobi. Il y avait un panneau « à vendre » dessus. En effet, Lilly se rappelait vaguement avoir entendu sa tante parler à la voisine du départ de Mme Grobi en maison de retraite car elle n'avait plus toute sa tête. Les enfants de Mme Grobi ne voulaient sans doute pas garder cette boutique grise, sale ou les clients se comptaient sur les doigts de la main.
Mme Grobi n'avaient, depuis bien longtemps, plus fait attention à l'aspect de son magasin qui faisait vraiment fuir tout client même pour les plus courageux d'entre eux qui passaient encore la porte.

Lilly trouva très intéressant, dés lors, de regarder, tous les matins, si le panneau partait ce qui voudrait dire qu'une nouvelle boutique s'installerait. Elle nourrissait le secret espoir qu'enfin quelque chose changerait dans sa vie et croyait que le nouveau propriétaire de la boutique serait extraordinaire. Elle l'imaginait vendre des bonbons colorés et sucrés qui feraient bondir de joie tous les enfants du quartier ou bien s'imaginait un libraire fantasque qui transformerait sa boutique en bibliothèque pour enfants petits et grands. Un vieux monsieur bien sympathique et rigolard qui leur raconterait à tous pleins d'histoires.

Mais au bout de 2 mois, rien n'avait changé et Lilly se dit que personne ne voudrait venir ici, que la boutique serait détruite ou transformée en appartement et que cela ne servait rien d'espérer. Elle retourna donc à sa vie triste et monotone et décida de changer de chemin pour ne plus voir la boutique grise et fermée.

1 mois plus tard, elle entendit une conversation dans la cour de récréation qui lui fit tendre l'oreille malgré elle. Elle n'aimait pas écouter les autres sans y être invitée mais elle avait entendu quelque chose qui l'intéressait beaucoup et ne put pas s'empêcher d'écouter.
Les deux enfants parlaient de « cette boutique bizarre qui venait d'ouvrir » et qu'ils n'iraient jamais « ça fait bien trop peur et ma mère m'a dit que je ne devais y aller sous aucun prétexte ».

Lilly, piquée par la curiosité, décida séance tenante de rentrer par le chemin qu'elle avait délaissé jusqu'alors car elle se doutait qu'il s'agissait bien de l'ancienne boutique de Mme Grobi.

Le soir, elle prit donc le chemin du retour vers la maison. Arrivée à hauteur de la fameuse boutique, quelle ne fut pas sa surprise de constater que la boutique était effectivement ouverte. Le panneau « à vendre » avait été enlevé et la devanture entièrement repeinte en vert vif.
Cela sautait aux yeux dans ce quartier si maussade. Devant le magasin, trônait un écriteau indiquant « ouverture / nouveau propriétaire ». Jusqu'à là, rien de bizarre mis à part, peut être, le choix de la couleur si vive. Cela jurait vraiment dans le quartier !

Lilly décida de passer devant en essayant de regarder dans la vitrine. Celle-ci avait été nettoyée mais malheureusement, déception ! On ne voyait pas l'intérieur et il n'y avait rien sur le rebord de la fenêtre. Un rideau vert tendu jusqu'au milieu de la fenêtre cachait l'intérieur du magasin. Lilly n'osa pas entrer dans la boutique car il ne semblait pas y avoir d'activité et de clients et elle ne voulait pas y aller seule. Aussi, rentra t- elle chez elle en se promettant d'y revenir le lendemain.

Plusieurs jours passèrent sans qu'elle puisse aller dans la boutique. Il n'y avait jamais personnes et elle était bien trop timide pour oser rentrer. Que ferait-elle si elle ne voulait rien acheter ? Quoi dire ? Elle décida d'en parler à sa tante en lui demandant si elle avait déjà été dans cette boutique.
Sa tante lui répondit : « non, je n'y suis jamais allée mais on dit que celui qui a acheté cette boutique est très étrange. Et en plus qu'il ne vend rien » « Donc je ne vois pas pourquoi j'irais« ajouta t-elle à l'adresse de Lilly en signifiant ainsi la fin de discussion.

Lilly avait, du coup, encore plus envie de savoir. N'y tenant plus, elle décida, un soir, de pousser la porte. La boutique était vide et il n'y avait rien dans les étals ou les étagères.
Tout était peint en vert mais il n'y avait rien à vendre. Lilly regarda partout mais ne vit vraiment rien. Elle se dit que c'était vraiment étrange effectivement et s'apprêtait à partir quand elle entendit des pas.
Un monsieur assez jeune (il devait avoir 35 ans à peine) arriva et lui dit : « Bonjour mademoiselle Lilly ». Elle fut très étonnée qu'il connaisse son prénom car personne dans le quartier ne s'intéressait vraiment à elle. « Comment connaissez-vous mon prénom ? Je ne vous connais pas, moi » dit-elle sur un ton très timide.
« Tu habites le quartier. Je te vois passer le matin et le soir depuis quelques jours »
« Mais cela ne vous donne pas mon prénom »
« Non mais tu as une tête à t'appeler Lilly » répondit-il sur un ton ne laissant pas place à la réplique.
Lilly n'osa pas insister. Elle le trouvait plutôt sympathique. Il était très grand (au moins 2m) et souriait facilement. Elle posa alors la question fatidique » Mais que vendez-vous ici ? «
« du bonheur » « répondit-il immédiatement.
« Cela ne se vend pas » répondit un peu sèchement Lilly.
« Et pourquoi donc ? « dit-il sur un ton qui paraissait très étonné.
« Parce que ce n'est pas un objet et que ça n'a pas de prix » répondit aussitôt Lilly.
« Tu te trompes chère petite. Je peux vendre du bonheur. Veux-tu en acheter ? «
« Je n'ai pas d'argent » lui dit Lilly.

« Mais puisque que tu dis que ça n'a pas de prix, c'est que c'est gratuit. » répondit le jeune homme.
« On ne peut pas vendre quelque chose de gratuit » dit Lilly qui trouvait le personnage de plus en plus bizarre. Elle aurait voulu s'en aller car elle pensait être bien tombée sur un fou. Quelle idiote elle avait été de croire que ce serait quelqu'un de bien qui reprendrait cette boutique !
« Merci monsieur » rajouta – elle. Et elle commença à partir vers la porte.

« Alors tu ne veux pas de bonheur ? « dit le propriétaire.
« Si mais ce n'est pas vous qui pouvez me l'apporter » et sur ces mots, elle ouvrit la porte et partit vite chez elle.
Arrivée à la maison, elle raconta son aventure à sa tante qui lui dit qu'elle préfèrerait que Lilly ne retourne pas là bas. Elle pensait vraiment que le nouveau propriétaire était très étrange et il valait mieux ne pas insister.
Lilly obéit pendant quelques semaines. Elle n'avait pas vraiment envie de revoir le propriétaire bizarre et la boutique vide.

Un jour pourtant qu'elle passait devant la boutique, elle vit quelques clients à l'intérieur. C'était la première fois qu'elle voyait des clients et le propriétaire avait l'air d'être en grande discussion avec eux. Alors, elle décida, toute curieuse, de rentrer et de faire comme si de rien n'était pour voir si quelque chose avait changé depuis sa première visite.
Quand elle rentra, les 3 personnes en discussion continuèrent de discuter sans lui prêter attention. Elle put donc regarder autour d'elle et constata qu'il n'y avait toujours rien dans les étagères. En même temps, elle les entendait discuter.
« Vous voulez commander cela pour quand ? «
« Il nous le faudrait pour l'arrivée de la petite dans deux mois » « ce serait parfait, vraiment » dit la femme qui était visiblement enceinte.
« Très bien. Ce sera prêt pour votre bébé. Et livré à domicile ».
Lilly, très étonnée, attendit le départ des clients à l'extérieur de la boutique.
« Excusez-moi. J'ai entendu votre conversation et j'en suis désolée mais je suis intriguée. Qu'avez-vous donc commandé ? » « Il n'y a rien à vendre ici » insistai-je avec curiosité.
« Oh mais nous avons commandé ce qu'il fallait de mieux pour notre bébé. Un bonheur sur mesure. Le nec plus ultra. Et rose car c'est une fille. «
Et les parents, souriants, firent un léger signe de tête et partirent en disant à Lilly « Vous devriez essayer. C'est gratuit ».

Lilly se mit à beaucoup réfléchir. Comment pouvait-on vendre quelque chose qui n'existait pas et en plus gratuitement ? Impossible, improbable...Cela ne pouvait être qu'une escroquerie !
Elle décida d'oublier cette boutique et pour ne plus être tentée d'y rentrer, changea à nouveau son chemin pour aller à l'école et en revenir.
Quelques mois plus tard, alors qu'elle faisait ses courses avec sa tante, elle vit de loin des parents avec leur bébé. Les parents qu'elle avait vu dans la boutique « du bonheur ».
Elle quitta sa tante quelques minutes et s'approcha. La femme reconnut la petite fille qu'elle avait vue devant la boutique et lui dit : « tu vois comme il lui va bien ? Un beau bonheur tout rose » « Nous sommes ravis ! » « Tu devrais te faire plaisir toi aussi. Tu es bien triste ».

Lilly regarda ce couple et leur bébé et commença à comprendre un peu peut être ce que faisait le monsieur dans la boutique. Alors elle se décida, la peur au ventre, pensant se tromper et alla dans la boutique le lendemain.

« Bonjour » dit elle d'un ton plus affirmé qu'elle ne se sentait. « Je voudrais un bonheur à ma taille s'il vous plaît et je ferais tout ce qu'il faut pour venir le chercher quand il sera prêt ».
« Ah...très bien » dit le propriétaire qui souriait de son plus beau sourire.
« Pour toi, il me faudra un peu de temps mais je pense que ça vaut le coup » dit il.
« Tout le temps qu'il faudra » dit Lilly. « Je ne suis pas pressée ».

« Très bien. Tout d'abord, il faudra que tu fasses quelques petites choses. Des ingrédients nécessaires, vois tu ? «
« Je ne peux pas tout fournir » rajouta – il. « Mon service est gratuit mais il faut que les gens acceptent de m'aider ».
« Bien sûr. Que vous faut-il ? «
« Et bien... » Il se mit à réfléchir et son front se fronça légèrement.
« Il faudra que tu me rapportes ton livre préféré, ta robe la plus colorée, un poème d'un garçon qui t'aime, un biscuit fait avec amour par ta tante, un grand sourire, une peinture que tu auras faite...pour l'instant c'est tout ».
« Ah oui » dit Lilly qui se rendit tout de suite compte de la difficulté de trouver certaines choses. « Il vous faut ça pour quand ? « Demanda t-elle un peu déçue.
« Prends ton temps mais plus tu me les apporteras vite, plus je pourrais faire quelque chose pour toi évidemment ».

Lilly sortit de là un peu mortifiée et triste. Comment allait-elle faire cela ?
Elle ne lisait que très peu, n'avait que des habits tristes, ne connaissait aucun garçon et encore moins un qui l'aimait...bon, elle décida de s'attaquer d'abord à ce qui était facile. La peinture, le biscuit et le sourire.

Pour le sourire, elle s'entraîna mais il restait toujours un petit voile de tristesse sur le bord de la bouche. Elle le voyait et il le verrait encore mieux !
La peinture : elle alla voir sa tante et lui dit qu'elle aimerait bien dessiner ou peindre. Sa tante, trouvant l'idée saugrenue mais pas idiote pour occuper un peu sa nièce, accepta de lui acheter une boîte de pastels pas chers à la boutique ainsi qu'un bloc de papier et un cahier.
Lilly se mit à dessiner mais là encore, tout était si triste. Elle peignait ce qu'elle voyait et tout était si gris. Cela ne donnait rien non plus !
Quant au biscuit, elle avait bien demandé à sa tante de faire de la pâtisserie mais celle-ci lui avait dit qu'elle n'aimait pas ça et qu'elle n'avait pas envie d'en faire, même pour lui faire plaisir. Lilly fut très déçue.
Même ce qu'elle pensait facile était compliqué voire impossible.
Elle retourna à la boutique et dit au propriétaire « je n'y arrive pas. C'est trop dur de rassembler ce que vous m'avez demandé ».
« Mais non Lilly... Allez, essaie de faire un effort s'il te plaît. Et envoie-moi ta tante. Elle aurait besoin aussi d'un bonheur bien adapté » « allez et ne te décourage surtout jamais ».

Lilly repensa à ce qu'avait dit le propriétaire. Elle y réfléchit plusieurs jours et alla voir sa tante. « Chère tante. Vous êtes adorables avec moi et pour vous remercier, je voudrais vous offrir un cadeau de la nouvelle boutique qui a ouvert récemment. Viendriez-vous avec moi pour choisir quelque chose qui vous ferait vraiment plaisir ? «
La tante de Lilly répondit alors quelque chose d'étonnant « oui, je veux bien. J'ai entendu dire que plusieurs personnes qui y étaient allées avaient trouvé de biens belles choses. Je veux bien t'accompagner. Tu es vraiment gentille. En revenant, on pourra faire un gâteau si tu veux. »

Lilly n'en revenait pas. Juste avoir mentionnée la boutique et hop, sa tante était transformée. Et en plus, elle voulait bien faire un gâteau !

Le samedi, elles allèrent ensemble à la boutique. C'était bien la première fois qu'elle sortait ainsi avec sa tante un samedi en pleine journée !
Sa tante entra la première et Lilly s'empressa d'aller devant car elle voulait parler au propriétaire avant sa tante. Mais celui-ci était déjà en train de la saluer « oh bonjour Mme Windsmore. J'ai un paquet spécialement pour vous. Il partit dans l'arrière boutique, revint avec un paquet gigantesque et lui tendit. C'est de la part de votre nièce. Elle l'a commandé la semaine dernière spécialement pour vous. »
« Oh mais c'est charmant » dit ma tante qui était toute émue. Elle ne remarqua même pas que la boutique était vide et toutes deux repartirent avec le paquet sous le bras.
« Tu n'aurais pas du » dit ma tante toute heureuse. « Je suis si pressée de voir ce que tu as pu trouver ».

Arrivée à la maison, sa tante installa le paquet sur la table et commença à le déballer doucement comme un trésor. Elle vivait seule, avait peu d'amis, aucune famille et cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait plus reçu un cadeau.
Elle découvrit d'abord un boîte en bois entouré de feutrine douce et colorée. Elle enleva silencieusement la feutrine et la mit de côté bien heureuse de pouvoir la garder et l'utiliser à nouveau plus tard. La boîte était ciselée avec une belle marqueterie dessinant des oiseaux près d'un lac. « Quel beau dessin ! » pensa la tante de Lilly qui s'apellait Susan.
Susan décida alors d'ouvrir la boîte qui était de très belle dimension. Et là qu'elle ne fut pas sa surprise de découvrir une machine à coudre..quelle curieuse idée de cadeau ! Ne voulant pas faire de la peine à sa nièce (elle était persuadée que le cadeau venait d'elle), elle dit « oh quelle belle surprise ! Une machine à coudre. Je pourrais me faire de belles robes ».
Lilly, toujours très honnête, voulut lui dire que le cadeau ne venait pas d'elle mais sa tante lui dit très vite « il y a aussi plusieurs très beaux morceaux de tissus et ma maman m'a appris à faire des robes quand j'étais jeune » « Je pourrais m'y remettre après tout. Cela m'amusera bien ».
Comme Lilly voyait que sa tante était tout à son nouveau bonheur de coudre, elle préféra attendre pour lui dire que le cadeau ne venait pas d'elle. Elle ne voulait pas l'attrister et lui enlever de la joie pour une fois qu'elle semblait un peu souriante et heureuse.
Plusieurs jours passèrent puis plusieurs semaines et Lilly oublia totalement de reparler de l'origine du cadeau. Elle voyait sa tante s'installer, dés qu'elle rentrait du travail, à la machine à coudre, préparer des patrons, choisir les tissus et elle finit par montrer à Lilly une belle robe aux motifs fleuris qu'elle avait réussie à terminer avec fierté.
« regarde Lilly. Je me suis fait une robe. Maintenant, il faut que nous sortions pour la montrer, n'est ce pas ? » « mais avant, il faut que je t'en fasse une aussi et puis il faut que je tienne ma promesse » « quelle promesse ? « dit Lilly. « le gâteau » « nous devions faire un gâteau ensemble, tu te souviens ? « Lilly se sentit gênée et elle finit par expliquer qu'elle ne savait pas pour le cadeau. Mais sa tante ne voulait pas la croire et finit par lui dire devant l'insistance de Lilly « de toute façon, ça ne change rien. Aller dans cette boutique m'a fait du bien et je suis bien mieux maintenant. Donc, tu as tenu ta promesse. Le reste n'est pas si important après tout. »

Lilly se sentit mieux. Elle n'avait pas menti et sa tante semblait heureuse quand même. Tout allait bien donc et elle accepta la robe, la sortie future et le gâteau.
Une semaine passa et sa tante se mit à travailler sur la robe de Lilly. Elle choisit un tissu coloré avec de beaux dessins très fins et elle ajouta un morceau de dentelle en bas de la robe et aux bas des petites manches. Elle mit aussi 3 boutons au col comme cela se faisait pour les petites filles à cette époque là. Les petits boutons étaient nacrés et brillaient.
Que cette robe était belle ! Une robe de fée, de princesse. Lilly était si heureuse qu'elle se mit à sourire, un sourire franc et magnifique venu du cœur.
L'essayage se passa bien et Susan et Lilly rirent de bon cœur ensemble. Le dimanche fut consacré à trouver une bonne recette de gâteau (elles cherchèrent un livre de recettes dans la bibliothèque de la ville car Susan n'avait rien à la maison). Elles choisirent une tarte citron meringuée et s'y mirent dés le matin. Là encore, elles passèrent un très bon moment et rirent beaucoup toutes les 2.

Plusieurs semaines étaient passées sans que Lilly pense le moins du monde à la boutique. Elle passait devant le matin et le soir mais elle la regardait maintenant sans plus d'envie ni de curiosité. De plus, elle était bien plus heureuse et contente de rentrer le soir à la maison retrouver sa tante Susan. Tout se passait si bien.
En plus, elle avait dessiné d'essayer à nouveau le dessin et demanda des conseils à sa tante.Celle ci ne connaissait rien à la peinture alors elle décida que c'était le moment d'essayer leurs belles robes et un dimanche, elles se rendirent au musée de la ville ou il y avait une exposition qui durait quelques semaines.

Elles se préparèrent et partirent de bon matin en marchant avec leurs belles robes neuves.
Elles visitèrent une exposition de très beaux dessins de pastels dont le thème était les fleurs.
Lilly décida qu'elle essaierait aussi de faire de belles fleurs pleines de belles couleurs.
Après l'exposition, Susan décida qu'elles méritaient un bon gâteau accompagné d'un thé ou d'un jus de fruits.
Elles s'installèrent en terrasse car le temps le permettait. Elles commandèrent deux parts de bonne tarte aux pommes avec un peu de crème, un thé pour Susan et un bon jus d'ananas pour Lilly. Que c'était chouette ! Elles étaient si bien. Elles rentrèrent à la maison de très bonne humeur, heureuses de leur belle journée.

Le lundi, Lilly retourna à l'école avec une forme extraordinaire. Elle souriait sur le chemin et en cours, elle participa en osant donner les réponses très rapidement. Tous les élèves la regardait comme s'ils découvraient une nouvelle Lilly. Dans la cour de récréation, plusieurs jeunes filles vinrent voir Lilly. Elles regardaient sa robe neuve avec envie. Elles lui dirent qu'elle devrait toujours porter des robes comme celles là. Lilly leur avoua qu'elle n'en avait qu'une mais qu'elle aimerait bien en avoir une autre. Mais que cela faisait beaucoup de travail à sa tante et qu'elle ne pouvait pas abuser.
Les jeunes filles étaient encore plus stupéfaites. Elles, elles allaient avec leurs parents dans les magasins pour leur robe. Elles étaient admiratives et auraient bien voulu aussi une belle robe faite à la main.
Lilly voulut leur faire plaisir et en rentrant à la maison demanda à sa tante si celle ci ne pouvait pas broder de belles écharpes pour ses nouvelles amies à l'école.
La tante accepta. Elle aimait bien coudre. Et en plus, elle voyait que cela faisait plaisir à Lilly.
Elle travailla tant et si bien qu'elle put faire des écharpes à toutes les nouvelles amies de Lilly. Quand celle ci arriva à l'école avec les belles écharpes, les nouvelles camarades de Lilly étaient aux anges. Elles comprirent que Lilly était une gentille personne, timide mais qui voulait faire plaisir et au bout de quelques semaines, Lilly s'étaient fait de vraies amies.

Ça papotait, ça discutait de tout et de rien. On s'échangeait des secrets..que c'était sympa !

Pendant ce temps, Lilly avait oublié la boutique et un jour qu'elle passa devant, s'en voulut de ne pas avoir été salué le propriétaire depuis si longtemps. Elle rentra alors dans la boutique et le monsieur vint la voir. « Alors Lilly ? Ça va ? Tu viens m'apporter ce qu'il faut pour ta commande ? « « oui, j'ai presque fini mais je voulais aussi vous dire merci pour le cadeau fait à ma tante et vos précieux conseils » « cela m'a beaucoup aidé. C'est très gentil, vraiment ».
« ah tu es bien gentille de venir me le dire » « souvent, les gens sont contents de recevoir des conseils mais ils les écoutent rarement et viennent encore moins dire merci »
« en tout cas, depuis que vous êtes arrivé, le quartier est plus joyeux » dit Lilly.
« les gens se sourient, se parlent, de nouvelles boutiques ont ouvertes et j'ai vraiment l'impression que tout va mieux »
« ah mais parfois il ne faut pas grand chose, tu sais » « les gens pensent qu'il faut aller chercher le bonheur là ou ils ne l'atteindront jamais » « parfois, il n'est pas si loin mais il faut aller le chercher doucement en tendant juste un peu les bras »
« merci en tout cas et bonne soirée »
« bonne soirée à toi chère Lilly » « rentre bien »

Lilly était contente d'avoir été remercié son « Monsieur bonheur » comme elle l'appelait.
Elle rentra à la maison et trouva sa tante en train de coudre encore. Une belle robe violette...
à sa taille ! « oh encore une robe ma tante » dit Lilly émerveillée. »oui, tu le mérites. Je pense que je ne voyais pas combien tu étais importante et que j'ai besoin de toi pour être bien.Alors j'essaie de te faire plaisir à ma façon ». Lilly fut tellement émue qu'elle tomba dans les bras de sa tata et se mit à pleurer doucement. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas ressenti l'amour de quelqu'un pour elle, un amour doux et tendre.

La nouvelle robe violette était aussi très jolie. Susan trouvait qu'elle allait très bien à Lilly. Un soir, elles allèrent dîner en ville. Elles rencontrèrent un jeune garçon du nom de Théo qui était dans la même école que Lilly . Lilly l'aimait bien mais n'avait encore jamais osé lui parler.
Quand ils passèrent devant lui, Lilly lui fit un timide sourire, emportée par la joie de porter sa nouvelle robe. Et, Théo, qui, en secret, admirait beaucoup Lilly pour son calme et sa douceur, lui sourit doucement, se sentant pousser des ailes avec le beau sourire que venait de lui offrir la jeune fille. Lilly n'en croyait pas ses yeux. Susan avait bien vu l'échange de sourires et proposa au garçon de venir avec elles. Théo hésita, ne voulant pas déranger ni s'imposer. « Je n'ai pas d'argent, Mme Windsmore et je ne peux pas venir avec vous » . « oh mais je t'invite mon garçon. Nous ne sortons que très peu et donc nous pouvons te faire venir. Cela nous fera bien plaisir » dit elle en sachant que cela ferait surtout plaisir à Lilly.
« Oh, c'est vraiment gentil. Mes parents ne sont pas à la maison ce soir. Ils sont chez des amis alors oui, je veux bien venir avec vous. »
La soirée fut merveilleuse pour les 3. Susan était très heureuse de voir Lilly et Théo s'entendre si bien. Elle voyait le bonheur tendre emplir le sourire de sa nièce et de son nouvel ami.
Celui ci lisait beaucoup visiblement et aimait les poèmes. Il lui en récita un qu'il avait composé le matin..Susan trouvait cela charmant. Quant à Lilly, elle adorait ça...quel charmeur ce Théo ! Et quels beaux poèmes il faisait ! Oh, elle avait les yeux qui pétillaient, des frissons partout..elle ne quittait plus Théo des yeux. Et lui était si heureux de voir que Lilly aimait ses poèmes et en plus elle disait qu'elle aimait dessiner des fleurs. Il adorait ça ! Quelle chouette soirée vraiment !!

Quelques jours après à l'école, Théo apporta un paquet à Lilly. Il s'agissait d'un livre, un livre sur les fleurs. « Comme ça tu pourras dessiner avec de vrais modèles » « oh comme c'est gentil ! » Et Lilly sans bien réfléchir lui fit une bise sur la joue. Immédiatement, elle rougit et baissa la tête n'osant plus regarder Théo. Théo lui releva doucement la tête et lui sourit. Puis il lui prit la main et l'amena vers un banc de l'école en lui disant qu'il voulait regarder le livre avec elle. Ils ouvrirent la couverture et là...quelle surprise ! Un beau poème ornait la première page. « A une jolie violette qui m'a offert un si joli sourire ! A une jolie fleur qui m'apporte toujours de si beaux rires »
« oh comme c'est beau ! « dit Lilly. Théo était bien content que son cadeau ait plu. Il donna aussi à Lilly un autre petit paquet « celui ci est pour ta tante pour la remercier du repas. Mon père tient une librairie et je lui ai passé commande en expliquant que vous m'aviez invité l'autre soir ».

Susan fut très contente du beau livre de couture que Théo avait trouvé.
Petit à petit, Théo et Lilly étaient devenus inséparables. C'était un vrai amour de jeunesse, doux, tendre comme leurs jeunes années. Si agréable et rendant la vie si belle !
Susan elle aussi avait gagné en confiance, avait fait des robes pour plusieurs femmes du quartier et elle décida même de quitter son emploi et de choisir une boutique pour se mettre à son compt. Elle voulait aussi faire des écharpes pour l'hiver, des chapeaux pour les mariages, de belles tenues pour les demoiselles d'honneur, bref, voulait vivre de sa nouvelle passion.
Mais trouver une boutique...pfff...pas évident ici ! Depuis peu, de nombreuses boutiques avaient changé de main et le quartier avait beaucoup changé.Les gens voulaient de plus en plus venir s'installer ici et cela devenait dur de trouver une boutique à louer ou à acheter.
Susan avait épargné de l'argent car elle ne dépensait pas grand chose pour elle et Lilly. Elle pouvait se permettre mais seulement il n'y avait rien...quel dommage !

Pendant ce temps là, Lilly, sur un petit nuage, décida d'aller voir le propriétaire de la boutique verte. « Bonjour Monsieur bonheur » dit elle avec son plus beau sourire. « Oh c'est donc comme ça que tu m'appelles » « que c'est gentil et quel beau sourire ! » « alors pour ta commande ? » « j'ai tout : voici mon livre préféré avec le poème du garçon qui m'aime, j'ai fait un délicieux gâteau citron meringué avec ma tante et voici pour vous un dessin de fleur
aux pastels » » quant à la belle robe, je la porte comme vous pouvez le voir » dit elle avec un nouveau sourire adorable.
« Ah mais c'est parfait. Ta commande sera donc prête très bientôt. » « Reviens d'ici 2 jours. Tu étais ma dernière cliente à qui je n'avais pas encore donné sa commande. Je pensais que je n'allais pas y arriver ». « Il ne faut jamais désespérer » lui dit Lilly avec une joie qui faisait plaisir à voir.

Elle rentra chez elle et oublia de retourner à la boutique, prise qu'elle était par les occupations avec son nouvel ami, Théo, par les sorties qu'ils faisaient tous ensemble avec Susan et par les bons gâteaux et les belles peintures qui occupaient ses journées du samedi et du dimanche.
Une semaine plus tard pourtant, elle décida quand même de passer dire bonjour à son « Monsieur Bonheur » mais elle fut bien surprise. Il y avait un écriteau « à louer » sur la boutique qui était toujours verte et vide. Mais « Monsieur Bonheur » n'était plus là et la boutique était fermée. « Oh, je suis bien triste de ne pas être venue avant » se dit Lilly. Ce n'est pas que j'attendais spécialement ma commande car en fait, j'ai trouvé tout ce dont j'avais besoin pour être heureuse mais disons que j'aurais bien voulu remercier le propriétaire. » « Après tout, c'est grâce à lui que tout ce qui est bien dans ma vie est arrivé ».

Et tout d'un coup elle comprit. Le propriétaire n'avait fait que l'aiguiller vers ce qui était le mieux pour elle et qu'elle avait à portée de mains. Il était un magicien de la vie tout simplement, il aidait les gens comme elle à trouver leur chemin et à apprécier les choses qu'ils avaient, bonheur simple et doux du quotidien.

Elle rentra, encore un peu triste de n'avoir pu le remercier et dit à sa tante qu'une boutique était à louer en lui expliquant que le monsieur de la boutique « bizarre » était parti.
Sa tante était un peu décontenancée de savoir ce gentil monsieur parti mais si heureuse de pouvoir louer une boutique pour son nouveau travail, boutique près de la maison qui lui permettrait de continuer à profiter de sa nièce et de son nouvel ami Théo. Qu'elles les aimaient tant ces petits qui lui donnait tant de joie de vivre.

La vie passa sans souci dans le nouveau quartier coloré ou vivait Lilly et elle y vécut de nombreuses années très heureuses, se maria avec Théo et eut une petite fille à qui elle apprit très vite le secret d'un vrai bonheur. Et sans l'aide de « Monsieur Bonheur » cette fois ci !

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