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Cinéma

Aller ou ne pas aller voir James Bond ?

Texte écrit par Edwin Bubble

007

Aller ou ne pas aller voir James Bond ? C'est la question que je me pose en ce moment, comme je me la pose chaque année où ressort une énième aventure de 007. (Vous allez me dire que j'ai de la chance de n'être confrontée qu'à des questions existentielles aussi futiles que celle là).

Comme à chaque fois, une partie de moi-même (mon "ça" très certainement) a envie d'aller fantasmer sur la vie de rêve de James Bond : pas d'attaches, pas de contraintes, pas de moments d'emmerdement médusé, pas de job pénible et mal payé, pas de conflits avec des gens qui comptent (quoique, avec M, parfois ça ne va pas fort !). Que de l'adrénaline, des rencontres, du luxe, de l'influence décisive sur la marche du monde.

Et comme à chaque fois aussi, mon sur-moi me rappelle que ce genre de films, comme des milliers d'autres, n'est somme toute qu'un empilement de clichés, de stéréotypes grotesques, d'émotions factices, et de scènes violentes archi-complaisantes -même si les James Bond ne sont pas les pires films pour cela-.

Mais ce qui me gêne le plus, je crois, c'est que ce type de films revient, au fond, à se divertir avec les malheurs du monde bien au chaud dans son fauteuil de cinéma. Casino Royal (2008) commencait dans la boue de l'Angola : un banquier suisse verreux (pléonasme ?) venait vérifier que l'argent investie dans une guerrilla locale était utilisée à bon escient : les couleurs des images étaient jolies, la musique aussi, le spectateur pouvait donc être captivé, et avoir l'impression, par dessus le marché, d'apprendre quelque chose sur le vaste monde. Pourtant, pour moi, les James Bond ne font que rebrasser des problèmatiques recuites et simplifiées bien après la bataille, comme pour se donner bonne conscience. Et que fait-on de tout ça, s'engage t'on plus, obtient-on une compréhension plus fine de la réalité des choses ? Personnellement, je n'en ai jamais rien retiré de tel.

A chaque fois que je vais voir un film de ce genre ou que je lis un bouquin du même acabit, je pense à une interview d'Anna Politovskaïa que j'avais vu sur je ne sais plus quelle chaine. Elle disait que, en plus de tout le reste, ce qui était terrible c'était que, pour l'Occident, les malheurs du reste du monde étaient devenus un divertissement comme un autre. On frémit vaguement en entendant les nouvelles surréalistes de Syrie, du Mali ou d'ailleurs. Et on ressent exactement le même frémissement rapidement oublié en allant voir un James Bond qui récupère toutes ces atrocités se déroulant ça et là pour nous les resservir en technicolor.

Et pourtant, je dis ça, mais encore une fois, je crois que j'irais voir le nouveau James Bond. Ne serait-ce que parce que mon nouveau copain veut aller le voir, et que je n'aime pas rater des occasions de profiter de sa présence. Du coup, j'ai l'impression que cela rebalance les choses, comme lorsque j'avais été voir Casino Royal avec mon ami Anthony. Certes, je vais voir un film qui devrait nous faire honte. Mais je ne vais pas vraiment voir le film, je vais juste passer un moment avec quelqu'un que j'aime, ce qui diminue un peu ma honte...

 

  

 

 

 

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