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Le Jugement Final

Texte écrit par Frédéric Grimbert

119267589 256 k494800Les hommes seront jugés par Dieu, par les Hommes, ou par la Conscience, mais ils seront jugés. 
Ils seront jugés pour ce qu'ils auront transmis à leurs enfants, et quand ce fut le tour de mes parents, une grande clémence leur fut initialement accordée car des doutes furent levés : ils m’avaient donné presque tout, l'ouverture sur le monde, la culture, la musique, la philosophie, la bienveillance, la joie, la douleur, le doute, le plaisir et surtout la possibilité de découvrir les choses par moi-même. Alors pourquoi le sentiment d'échec leur était-il reproché ? Où avaient-ils échoué ? 

Il m'a été donné la possibilité d'apprendre les Secrets au-delà du visible, de sortir du sillon et de voir par delà les choses, par delà la mort, par delà le divin. C'est choses-là ils ne me les ont pas apprises, je les ai découvertes moi-même, par hasard. Eux m'ont laissé faire, sans rien me dire de ce qu'ils savaient déjà. Ils m'ont laissé expérimenter ce qu'il y a par delà les mots, par delà la raison et dans mes tâtonnements je me suis perdu aux yeux des Hommes, de leur société, des rouages d'une vie sociale où s'intégrer devint, à un point donné, impossible. Mes parents durent se concerter : fallait-il me laisser continuer ou m'arrêter, et à quel moment ? Leur débat fut long, houleux et déchirant. J'étais allé plus loin qu'ils ne l'avaient voulu, mais surtout qu'ils ne l'avaient imaginé. À un point donné je fus celui qui leur montra d'autres passages, j'étais allé au delà des mots, du langage et des sentiers battus. Par moi-même. 
Mon père voulu me laisser dépasser les limites de la raison, pour apprendre lui aussi ces secrets que l'on oubli dès lors qu'ils nous sont connus. Bien sûr il me guida aussi, à mon insu, pour que j'ai quelques repères sur le chemin de la folie, alors que ma mère voulait tout arrêter. “On joue avec le feu” lui dit-elle. Il n'était plus possible qu'elle voit souffrir et se perdre davantage l'enfant qu'elle a porté. Il arriva ce qu'il arriva, il fallait me stopper dans cet élan destructeur, ce n'était plus à moi d’expérimenter seul les secrets de l'univers sans guides, guides qui m'auraient eux aussi utilisé pour évoluer dans les strates que j'avais atteint seul. Le débat pris fin, et ils s'en remirent à toutes les autorités compétentes pour endiguer l'expérience qu'ils avaient initié. Je ne vous parlerai pas de ce que j'ai vécu, car cette histoire n'est pas la mienne mais la leur, celle de leur jugement. Pour eux, dorénavant deux choix leur étaient offerts : l'apothéose, et donc la possibilité de continuer ensemble ce que, par amour ils avaient commencé, ou alors ce jugement éternel de la Conscience, enfermés parmi d'autres comme eux, dans une sorte de pièce de béton sombre, attendant la Mort finale, comme dans les camps de concentration avant l'extermination ultime. Ceux qui s'étaient proclamés eux-mêmes les Sages, leur demandèrent s'il fallait considérer mon éducation comme un échec ou pas, au vu de la vie terrestre que je mène depuis lors. Mes parents leur répondirent qu'ils m'avaient donné ce qui leur semblait primordial : le choix !

La rédemption leur fut accordée et mes larmes purent enfin se libérer.

(rêve du samedi 12 août 2017)

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