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Pour toi Papy

Texte écrit par Frédéric Grimbert

Tes rapports avec ma mère n'étaient pas toujours au beau fixe, pourtant je pense avoir compris avec le temps que tu la considérais un peu comme ta fille, elle qui n'avait pas eu son père pour l'élever, ce qui créait des tensions d'incompréhensions de part et d'autre. Tu as toujours été humble et juste à son égard, comme quand elle est partie et que tu m'as dit : « mon pauvre vieux, ça ne va pas être facile pour toi. » C'était bien la phrase la plus réconfortante que j'ai eu ce jour là, la plus intelligente aussi, car je me serais bien passé de bon nombre de conneries que j'ai pu entendre. Et rien n'a été facile, en effet .


Je me souviens de cette fois là aussi où tu t'étais engueulé avec Claude parce qu'il avait éteint ta radio un matin. L'exaspération des tes routines pour les uns alors que toi tu étais capable de nous accepter dans ton monde même si ce n'était pas toujours facile, on connaît tous ton caractère, car, ô mystère des filiations, c'est bien ma mère qui disait de moi que j'avais le même que toi.

Des souvenirs j'en ai à la pelle, les uns plus furtifs que d'autres dans la mémoire infinie, mais aujourd'hui j'en ai un plus dominant de circonstances : Noël et ces mensonges faits aux enfants.

Combien de temps faudra-t'il encore leur mentir au nom du « dieu Argent » ?

Je me souviens ce que tu m'avais dit, alors que j'étais un très jeune enfant qui savait enfin que le père Noël n'existait qu'au travers des parents qui perpétuent les mensonges mercantiles de leurs aînés, avec ta grande colère que tout le monde redoutait, de ces mensonges qui n'enrichissent que ceux qui n'ont déjà que trop d'argent. Je me souviens de tout Papy, de cette maison dont tu étais le pilier avec Mamy, de ces souvenirs innombrables qui ont fait mon enfance et ma vie de jeune adulte. De ces repas autour de la grande table du salon où le vrai esprit de famille régnait, de chaque objet qui la composait comme le billet de mille francs dans le salon, le pouf en cuir avec cette étoile maçonnique remplie de vieux journaux, de tes grands collages qui ornaient le coin TV le volume toujours poussé à fond pendant que Mamy tricotait, du garage, de la 4L et auparavant de la 2CV bleue, du calendrier magnétique que j'ai revu il y a deux ans dans une galerie d'art moderne à Bruxelles, de nos chambres...Les portes qui claquaient, les engueulades familiales qui rythmaient l'enfance où je me disais bien qu'il y avait toujours quelque chose à régler...

Claude savait bien ce que représentait Champtoceaux pour moi : le roc, comme il disait. Oui une base inébranlable de ma famille, là où, jusque dans mes rêves, je vais pour me rassurer.Merci pour cette enfance et ces souvenirs où je peux puiser ma force. Tant pis pour les erreurs comme celle de n'avoir pas continué notre relation épistolaire après le décès de Mamy.

Les caractères forts vont de pair avec les incompréhensions.Tu n'étais, comme moi, pas facile à vivre mais tu étais un sacré personnage, et comme mon nom de famille c'est aussi à toi que je le dois, je le porte avec fierté, et comme toi, comme mon père, mystères des hommes de la famille, je continue moi aussi d'écrire. Pour laisser des traces.

Les nôtres.

 

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